France/Angleterre : « Il n'y a pas de candidat idéal »
Ariane Ghirardello, Économiste, spécialiste de la discrimination au travail, compare les pratiques de chaque côté de la Manche.
Compétences, potentiel, ça évoque quoi?
Le diplôme n’indique pas infailliblement que quelqu’un est fait pour un poste. Tout critère est biaisé, suspect. Il n’y a jamais de candidat idéal. Une embauche, c’est un compromis. Mieux vaut le faire sur des critères objectifs pour ne pas fermer la porte à des talents. Devant un candidat qui ne répondrait pas à l’un des critères, il faut se demander ce qu’il pourrait apporter d’autre.
Un point sur lequel les Anglais nous devancent…
Ils ont compris que l’université n’est pas faite pour préparer à l’embauche. Elle sert à «apprendre à apprendre». L’entreprise anglaise considère que si un jeune a obtenu une licence, quelle qu’elle soit, c’est qu’il est capable de réfléchir. Ensuite, elle met en place des formations pour lui faire acquérir ses méthodes, sa culture, etc.
Pourquoi ce retard chez nous?
Le taux de chômage joue beaucoup. Les entreprises sont exigeantes parce qu’il y a des surdiplômés sans emploi. Mais nous n’avons pas besoin de polytechniciens à tous les postes! Nous exigeons un diplôme prestigieux, de l’expérience, savoir parler anglais même si le salarié n’en aura pas besoin, connaître la programmation informatique pour taper sous Word, etc. Les patrons se le permettent parce que l’offre dépasse la demande. Mais c’est se refermer sur des critères non pertinents. On finit par n’embaucher que des clones.